pexels-photo-4031710.jpeg
Photo de Edward Jenner sur Pexels.com

Polio, rougeole, dengue : les victimes collatérales du coronavirus
Source Futura Sciences : par Céline Deluzarche Journaliste
Publié le 15/04/2020Modifié le 16/04/2020

La panique engendrée par la pandémie de Covid-19 a conduit à la suspension des
campagnes de vaccination contre la rougeole, la fièvre jaune ou la polio. Et la
désertification des centres de soins fait craindre une résurgence d’autres
maladies comme la dengue. Certaines organisations s’alarment d’une crise
sanitaire à venir sans précédent dans les pays pauvres.

Choisir entre la peste et le choléra :
c’est ainsi que Seth Berkley, le
responsable de la Gavi (Alliance globale pour les vaccins et l’immunisation),
décrit le dilemme auquel est soumise l’organisation. Le 24 mars dernier, le
GPEI (Global Polio Eradication Initiative) a recommandé la suspension de toutes
les campagnes de vaccination contre la polio en cours en Afrique afin de ne pas
favoriser la propagation du virus SARS-CoV-2. Tout en reconnaissant que cela
amènera à davantage d’enfants paralysés et à la réémergence de la maladie dans
des pays où celle-ci avait été éradiquée. L’Afghanistan et le Pakistan, où
subsiste encore le virus, pourraient être les premières victimes. Fièvre jaune,
diphtérie, rougeole : toutes les campagnes de vaccination suspendues Et la polio
n’est malheureusement pas la seule concernée. Le 26 mars, l’Organisation
mondiale pour la santé (OMS) a également préconisé une « suspension temporaire
» de la vaccination contre toutes les autres maladies, comme la fièvre jaune,
la diphtérie ou la rougeole. L’OMS considère en effet que la distanciation
sociale nécessaire à l’endiguement du Covid-19 est incompatible avec la
distribution des vaccins dans les villages. Quelque 13,5 millions d’enfants ont
déjà manqué la vaccination contre la polio, la rougeole, le choléra ou encore
la méningite depuis le début de la suspension, déplore Seth Berkley dans le
magazine Science.
Campagne de vaccination contre la polio. Le vaccin peut être facilement
administré par voie orale par des volontaires. © Unicef, Ethiopia Une épidémie
de dengue en Amérique latine En Amérique latine, c’est une redoutable épidémie
de dengue qui inquiète. La région a déjà connu un triste record en 2019, avec
plus de 3,14 millions de personnes infectées, une hausse de 30 % par rapport à
2015. Depuis le début de l’année, plus de 661. 000 cas ont déjà été confirmés en
Amérique du Sud dont 1. 820 graves. Si l’accès rapide à des soins médicaux
permet généralement d’abaisser le taux de mortalité en dessous de 1 %, la
surcharge des systèmes de santé due au Covid-19 pourrait faire exploser le
nombre de morts. D’autant plus que les deux maladies présentent des symptômes
similaires (fièvre, maux de tête, courbatures… ). En Guadeloupe, où 7. 260 cas
ont été enregistrés depuis octobre 2019, la dengue semble heureusement en
régression, mais la baisse des chiffres pourrait être due à la désertification
des cabinets médicaux depuis le confinement, prévient le journal France
Antilles.
La pire épidémie de rougeole depuis l’invention du vaccin Des campagnes de
vaccination contre la rougeole ont déjà été reportées dans 24 pays et d’autres
prévues plus tard en 2020 dans 13 pays risquent également de ne pas avoir lieu,
alerte de son côté le Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef). Plus de
117 millions d’enfants pourraient être privés de vaccin, prévient
l’organisation. En République démocratique du Congo (RDC), l’épidémie de
rougeole est pourtant cette année particulièrement virulente. Depuis début
2019, la maladie a infecté 341. 000 personnes et causé 6. 400 décès, trois fois
plus qu’Ebola durant la même période. Et la maladie, 10 fois plus contagieuse
que le Covid-19, se répand comme une traînée de poudre. D’après les experts de
l’OMS, cette épidémie pourrait être « la pire jamais enregistrée dans un pays
depuis l’invention du vaccin en 1963 », rapporte Nature.
Le virus de la rougeole est le plus contagieux au monde. © immimagery, Adobe
Stock La RDC n’est pas le seul pays touché. En 2018, 10 millions de personnes
ont été touchées dans le monde, entraînant 140. 000 décès, soit une hausse de 58
% par rapport à 2016. Une recrudescence liée en grande partie par les
réticences envers la vaccination dans les pays riches, mais aussi aux
déficiences des systèmes de santé dans les pays en développement. Or, ces
derniers sont particulièrement vulnérables. Alors que le taux de mortalité de
la rougeole est habituellement de 3 à 6 % (déjà près de 10 fois supérieur à
celui du Covid-19), il peut atteindre 30 % dans certaines régions en raison de
la malnutrition et des carences en vitamine A. Pire, on a récemment découvert
que la rougeole « détruisait le système immunitaire », laissant ainsi la porte
ouverte à d’autres maladies… comme le Covid-19. Une pénurie de vaccin liée à
la fermeture des frontières ?L’OMS préconise cependant la poursuite de la
vaccination dans les centres de soins et les hôpitaux. Mais comme c’est le cas
en France, on constate qu’en Afrique les habitants craignent de se rendre dans
ces centres de peur d’y être infecté par le coronavirus. Autre problème : la
possible pénurie de vaccin alimentée par la fermeture des frontières. Alors
qu’il n’existe encore aucun vaccin contre le Covid-19, toutes ces maladies sont
pourtant facilement évitables. Dans la panique générale causée par la pandémie
de coronavirus, mesure-t-on bien l’échelle de risque que l’on fait peser sur
les populations vulnérables ?
Ce qu’il faut retenir Pour éviter le risque de propagation du Covid-19, l’OMS a
recommandé la suspension temporaire de la vaccination contre toutes les autres
maladies. La polio et la rougeole sont pourtant hors de contrôle dans plusieurs
pays. Une recrudescence est à craindre, avec à la clé des millions de morts
potentielles.

Pour en savoir plus
Vaccinations : ne baissons pas la garde !Article de Destination Santé publié le
28/02/2010 En un peu plus d’un siècle, les vaccins auront sauvé des centaines de
millions de vies. Ils ont aussi permis d’éradiquer une maladie – la variole –
et de réduire considérablement la poliomyélite. Mais certaines, comme la
rougeole, résistent encore, souvent parce que le nombre de vaccinations reste
trop faible. La campagne antivariolique menée par l’OMS de 1967 à 1977 a éliminé
totalement la variole. Dans les années 1960, elle menaçait plus de 60% de la
population mondiale, et une personne sur quatre atteintes en mourait. La
situation de la poliomyélite est différente. Même si l’éradication n’est pas
encore en vue, le nombre d’infections a reculé de 99% depuis 1988. Au total,
plus de 5 millions de personnes ont ainsi échappé à la paralysie ou à la
mort. En 2008, 106 millions d’enfants ont été vaccinés dans le monde. Un record
! Chaque année, les vaccins préviennent ainsi 3 millions de décès et préservent
750. 000 enfants des séquelles de maladies infectieuses. Tétanos, poliomyélite,
diphtérie… , ces maladies ont pratiquement disparu en France. Alors pourquoi
continuer à vacciner ? Parce que virus et bactéries circulent encore chez nous,
comme dans le reste du monde naturellement. La vaccination est donc souvent le
seul moyen de garantir une protection efficace. La vaccination : un geste
altruisteLa protection vaut pour soi-même mais elle est aussi un geste
altruiste puisqu’elle participe à la protection de toute une population. En
effet, plus il y a d’enfants vaccinés, moins ils se transmettent le virus ou la
bactérie concernée et plus cette maladie a de chances de disparaître.
La preuve avec la rougeole, que la France ne parvient pas à éradiquer. Pourquoi
? Parce que les enfants et les jeunes adultes sont trop peu vaccinés. En 2008,
plus de 600 cas de rougeole sont déclarés – 604 très précisément -, dont 94%
chez des personnes incomplètement vaccinées ou… pas du tout. Entre janvier et
août 2009, le nombre de cas a encore augmenté : 1. 200 déclarations et deux
décès. Voilà pourquoi il est d’extrême importance de vacciner (en deux doses)
les nourrissons contre la rougeole avec le vaccin trivalent, mais aussi de
compléter la vaccination des enfants et adolescents n’ayant reçu qu’une seule
dose. Comment ça marche ? Au cours d’une vaccination, on injecte un microbe tué
ou atténué, donc inoffensif. L’organisme le reconnaît cependant comme s’il
était actif et produit des anticorps pour se défendre. Nos défenses garderont
ensuite en mémoire les traces de cette bataille. Ainsi dès que le germe en
question se présentera de nouveau, elles réagiront plus rapidement – et
efficacement – pour fabriquer des anticorps spécifiques. A l’inverse, sans
vaccination nos défenses immunitaires n’auront pas le temps de fabriquer
suffisamment d’anticorps. Ainsi virus et microbe provoqueront-ils une forme
clinique de la maladie, avec parfois des complications graves. Pour bâtir une
défense suffisante, plusieurs doses sont en général nécessaires. C’est le but
des rappels, qui consolident et entretiennent la mémoire immunitaire. Comme
tout médicament, les vaccins peuvent provoquer des effets indésirables chez
certaines personnes. Ils sont le plus souvent modérés et passagers – fièvre ou
réactions localisées à type de rougeur, de douleur ou de gonflement. Des
réactions allergiques sont certes possibles, mais il est exceptionnel qu’elles
revêtent un caractère de gravité.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s